Le bouchon Liège.

 

1. Description technique du liège
2. Historique
3. Nos ancêtres
4. La nature comme producteur
5. L'aire de production
6. Le matériaux "Liège"
7. Fabrication des bouchons
8. Caractéristiques techniques
 
 

1. Description technique du liège

Le liège, produit naturel, est l’écorce du chêne-liège (quercus suber Ln), dont le 74% de la production mondiale se trouve sur la Péninsule Ibérique. Le chêne-liège pousse de façon lente et uniforme, atteint couramment une hauteur de 10 à 12 mètres et son diamètre usuelle oscille entre 0,3 et 1 mètre. Sa vie productive dure de 100 à 150 ans et s’initie par la première dépouille qui se fait vers les 25 ans et continuera à des intervalles de 9 ou 10 ans. Seulement à partir du 3ème écorçage, c’est-à-dire vers les 43/45 ans d’age de l’arbre, on obtiendra la matière idéale pour fabriquer des bouchons.

Le liège est donc un tissu végétal, constitué par le groupement de petites cellules étanches de forme, structure et disposition très particulières, que la nature a élaboré au cours d’un lent processus évolutif de spécialisation tout au long de millions d’années. Les cellules de sa structure alvéolaire unique sont disposées très régulièrement et accolées les unes aux autres; il y en a un nombre très élevé par unité de volume (de l’ordre de 40 millions par cm3).

Les parois de ces cellules sont formées de plusieurs couches, celle du milieu étant la plus grande et significative. Cette couche du milieu est constituée à son tour par des couches alternes de subérine et de cire, qui confèrent au liège son élasticité spéciale. La cavité intérieure de la cellule est pleine d’un gaz d’une composition similaire à l’air, mais sans CO2. Cet air ou gaz occupe le 90% de l’unité du volume du liège.

C’est grâce à cette structure et cette composition si spéciales du liège qu’il s’est fait qualifier par les scientifiques comme « merveille de la nature ». Toutes les propriétés physiques du liège ont comme base directe ou indirecte sa structure cellulaire unique. Parmi les plus importantes :  légèreté, élasticité, résilience, imperméabilité aux liquides et au gaz, résistance à l’usure, durabilité, chimiquement inerte, etc

Au XVIIe siècle,  Dom Pierre Perignon a découvert le liège comme le produit idéal pour boucher les bouteilles de vin de Champagne. Depuis là, l’évolution des techniques de fabrication et les recherches constantes ont contribué décisivement à l’utilisation des propriétés du liège au bénéfice de la civilisation moderne. Il n’est donc pas étonnant que les matériaux à base de liège soient actuellement présents dans des multiples applications : depuis son utilisation traditionnelle à l’état naturel pour la conservation d’un bon vin dans sa bouteille, jusqu’à son emploi en état composé dans les systèmes sophistiqués des véhicules de l’espace.

Le philosophe grec Théophraste découvrit qu'après avoir été retiré de l'arbre, le liège s'y développait à nouveau, rapidement en présentant une meilleure qualité.

2. Historique

En ce temps-là, le grand bassin méditerranéen accueillait la forêt. Les arbres abondaient, les feuillus principalement.

Parmi eux, le hêtre, le châtaignier et le chêne. Ces arbres, au port aussi élégant qu'imposant, appartiennent à la famille des phagacées, nom scientifique, qui occulte un peu le charme impressionnant de cette armée de verdure qui constituait le fond de nos forêts européennes avant que l'Homme ne la défriche pour l'exploiter. Pour ses besoins agricoles, l'Homme ouvre des clairières qui s'étendent pour se transformer en champs.

La forêt laisse silencieusement place aux villages et villes : scène morbide d'arbres qui s'écrasent bruyamment au sol dans un fracas de branches qui éclatent en tous sens.

Le bois est une valeur-or de ces époques ; utile qu'il est à chauffer ou à construire ponts, maisons, chariots ou bateaux. Le bois de chêne est déjà recherché. Et il existe plusieurs centaines de chênes, d'espèces différentes qui font partie du genre "Quercus".

3. Nos ancêtres

En Méditerranée orientale, les peuples avaient mis en évidence d'autres utilisations d'une espèce présente en abondance : le chêne-liège appelé "Quercus suber" en botanique. Ainsi a-t-on découvert dans des sarcophages(1) très anciens que les Égyptiens utilisaient le bouchon en liège pour obturer les amphores(2). En Grèce antique, l'écorce du chêne-liège était employée pour faire des sandales, des bouées-flotteurs pour filets de pêche et des bondes(3) pour les tonneaux de vin et les amphores d'huile d'olive. "Le philosophe grec Théophraste (IVe-IIIe siècle avant J.C.) découvrit qu'après avoir été retiré de l'arbre, le liège s'y développait de nouveau, rapidement et en présentant une meilleure qualité".

Les Romains vont élargir encore son utilisation. L'agronome Columelle recommande l'emploi du liège, mauvais conducteur de chaleur. Pline l'Ancien évoque l'utilisation du liège pour couvrir les habitations, faire flotter les câbles d'ancre(5) ou de filets de pêche, fabriquer des chaussures pour l'hiver ou encore des gilets de sauvetage. On le voit, les Anciens avaient découvert les propriétés physiques et mécaniques uniques au liège : légéreté, élasticité, imperméabilité, résistance à l'usure et mauvaise conductibilité, qui permettent des applications aussi multiples qu'originales.

Au début du XVIIIe siècle, une nouvelle ère de gloire s'ouvre pour le liège. En Champagne, près d'Epernay, un moine bénédictin français dirige l'abbaye de Hautvilliers : c'est Don Pérignon. En mettant au point le processus de champagnisation, il s'aperçoit que les bondons(6) de bois, enveloppés de feuilles de chanvre huilées, utilisés pour fermer les bouteilles, sautent régulièrement. Il remplace alors ces bondons par des morceaux (bouchons) de liège, ce qui améliore les résultats. L'utilisation du bouchon en liège pour obturer les bouteilles est née et va se généraliser dans toutes les maisons de vin.

4. La nature comme producteur

De nos jours, le chêne-liège se trouve en production dans la zone méditerranéenne occidentale, un peu dans les pays du Maghreb, dans le nord de l'Italie, le sud de la France et de l'Espagne, mais surtout au Portugal, sa terre d'élection. C'est un arbre qui appartient à la flore européenne depuis l'ère tertiaire, ce qui lui donne une soixantaine de millions d'années d'existence. Sans entrer dans les détails de sylviculture(7), voici en résumé la vie d'un chêne-liège en production.

Dès sa naissance, le petit chêne-liège est taillé afin d'obtenir un tronc haut et droit de 2 à 3 mètres, en vue de pouvoir plus tard tirer des planches droites et de bonne longueur. Puis, on oriente la taille vers la formation de deux ou trois branches principales, pour tirer des planches d'un mètre.

Il faut attendre 25 à 30 ans pour que le petit chêne-liège atteigne 60 cm de périmètre et une hauteur de 1,20 m. On va alors lui enlever son écorce : c'est le liège mâle de qualité irrégulière. L'opération se nomme le "démasclage". L'écorce va progressivement se reconstituer en 9 années.

On pratique alors la même méthode pour ôter cette écorce : on l'appellera désormais "l'écorçage". Elle aura lieu tous les 9 ans. La première fois, il s'agira du liège de première reproduction, impropre (comme le liège mâle) à donner des planches destinées à la fabrication du bouchon. Par après, soit vers 45 ans, le chêne-liège donnera son "liège de reproduction" de bonne qualité ; qualité qui ira en s'améliorant au fil des ans , toujours plus régulière et homogène.

Et ainsi de suite jusqu'à l'âge de 120 ans voir 200 ans. Un hectare de chênes-lièges fournit de 80 à 120 kg de liège tous les 10 ans, avec lesquels on peut fabriquer 10.000 à 15.000 bouchons.

Les planches récoltées sont alors mises en piles en forêt pour sècher. Ces immenses piles de trois mètres de haut et de plusieurs dizaines de mètres de long, devront rester près d'un an à sécher. C'est une étape extrêmement importante pour la qualité nette du bouchon final. Une année s'est passée et les planches arrivent chez le bouchonnier. La première opération est le "bouillage" en chaudière, dans de l'eau bouillante, pour nettoyer les planches de leur séjour en forêt. La propriété d'imperméabilité du liège fait qu'il ne reprend pas, en ces quelques minutes de bouillage, l'humidité qu'il avait lentement perdue en un an.

5. l'aire de production

L'aire de végétation de cette essence est circonscrite à la région de la méditerranée occidentale où, par suite de l'influence de l'Atlantique, se trouvent réunies les conditions climatiques nécessaires à la végétation de cet arbre: Italie (Scicile et Sardaigne), Sud de la France, Espagne, Portugal, Algérie, Maroc et Tunisie.

Il existe encore quelques spécimens en Grèce mais on peut considérer que la Sicile est la limite Est de l'espèce. La limite Nord est en France le 44ème parallèle et la limite Sud au Maroc le 33ème parallèle. Cette distribution de la population est liée au climat particulier qui règne sur la façade atlantique de ces régions méditerranéennes où l'humidité reste toujours élevée, même en période de sécheresse.

La pluie dans ces zones varie de 400 à 800 mm/ an et la température n'y descend jamais en dessous de -5°C. Ceci convient au chêne-liège qui aime les étés secs et les hivers doux. Cette espèce vit indistinctement en plaine ou en montagne avec une extraordinaire capacité d'adaptation. Elle peut pousser jusqu'à une altitude de 1200 à 1400 m. Les lièges produits sont différents selon le type de sol, le climat et l'altitude des zones de croissance. Tous les essais d'acclimatation du chêne-liège dans une autre région que celle où il croit spontanément ont échoué jusqu'à présent. La production mondiale annuelle est de l'ordre de 250 000 tonnes qui se distribuent comme suit :

Portugal 130/160 000 tonnes
Espagne 50 / 60 000 tonnes
Algérie 20 / 30 000 tonnes
Maroc 8 / 10 000 tonnes
Tunisie 5 / 7 000 tonnes
Italie 5 / 8 000 tonnes

Le Portugal et l'Espagne représentent à eux seuls plus de 80 % de la production mondiale de liège et 90 % de cette production est concentrée dans la région Sud-Ouest de la Péninsule Ibérique limitée par le Tage au Nord, l'Atlantique à lOuest, l'Atlantique et la Méditerranée au Sud et par une ligne reliant, en Espagne, les villes de Caceres et de Grenade. En Espagne, la Catalogne ne produit plus que quelques milliers de tonnes/an.

En France les essais récents fort louables de mise en valeur de la forêt varoise et catalane s'avèrent difficiles tant au point de vue de l'exploitation que de l'écoulement d'une matière première de faible qualité après les nombreuses années d'arrêt de la subériculture. Le liège bouchonnable ne représente qu'un maximum de 15 % de la récolte. L'écoulement des rebuts est quasiment impossible du fait de la disparition progressive des installations de trituration.
La production française actuelle est d'environ 1000 tonnes/an sur la dizaine de milliers de tonnes qui serait annuellement disponible si l'intégralité de la subéraie était en exploitation dans les forêts catalane, corse, landaise et varoise.
L'âge moyen des forêts espagnoles et portugaises est de 80 ans. Leur potentiel de production est donc de plus d'un siècle.

6. Le matériau "liège"

Le liège que nous utilisons est un matériau naturel peu abondant, constituant principal de l'écorce des arbres. Il est formé de minuscules logettes remplies d'air (les cellules) et délimitées par une paroi souple et imperméable à l'eau. Il protège l'arbre du froid et des intempéries tout en lui permettant de respirer, par de minces canaux appelés lenticelles. En plus de sa souplesse, il se décompose lentement et résiste relativement bien au feu (pensez au bouchon que l'on passe à la flamme pour maquiller en noir le visage des enfants). Il est antistatique, il ne retient donc pas la poussière, contrairement à bon nombre de matières synthétiques.Toutes ces propriétés, réunies dans un matériau naturel, rendent le liège précieux pour diverses applications, notamment en bioconstruction. On le transforme par exemple en revêtement mural ou pour le sol. Il entre aussi dans la composition du linoleum. Mais sa forme la plus répandue est sans doute le bouchon que l'on retire avec délectation des bouteilles de vin, de cidre, de bière. À la fois poumon et filtre, le bouchon permet une circulation de gaz entre le vin et le milieu extérieur. Selon que cet échange sera équilibré ou non, le vin vieillira bien ou mal. Un bouchon court, poreux, permet des échanges faciles et active le vieillissement.

Pour les grands vins que l'on veut conserver longtemps dans les meilleures conditions, on emploie des bouchons très longs, de première qualité. Une des qualités primordiales d'un bouchon est sa souplesse. Ainsi, après avoir été comprimé lors du bouchage, il doit "regonfler" pour obturer le goulot de façon bien étanche. Il existe plusieurs types de bouchons en liège. Pour le vin, on utilise des bouchons "pleins" c'est-à-dire composés de liège "massif". Pour les bouteilles de bières, les bouchons sont en liège aggloméré, fabriqué à partir de fragments de liège provenant de chutes de fabrication. Enfin, ceux des bouchons de champagne, mousseux ou cidre sont constitués d'une base massive, surmontée d'une tête agglomérée.

7. Fabrication des bouchons

Après un tri sévère, on coupe les planches du liège en lanières de 47 à 48 mm de hauteur (pour fabriquer des bouchons de 45 mm). Grâce à un emporte-pièce, on va "tuber" dans ces lanières : le bouchon est né ! On tube à 25 mm pour fabriquer des bouchons à 24 mm. Le bouchon standard cylindrique présente des côtes de 45 mm de longueur pour un diamètre de 24 mm après rectification. Les bouchons sont alors traités pour être nettoyés. C'est aussi une opération extrêmement importante, car il ne devra pas y avoir de résidus de produit de nettoyage , sous peine d'apparition ultérieure de goût faisant penser au goût de bouchon. Les bouchons vont pouvoir être marqués au nom et millésime du vin. Puis, recouverts de paraphine et de silicone, ils seront prêts à boucher les bouteilles.

8. Caractéristiques techniques

Le liège est chaud au toucher. Cela veut dire qu'il absorbe la chaleur ambiante, pour la garder assez longtemps. Le liège ne conduit pas la chaleur; en revanche, il la garde dans l'espace vital (même par épaisseur réduite).

Le liège est hygiénique (antistatique), il n'attire et ne retient pas la poussière. Sa résistance thermique est de -180°C à +110°C. Il est ignifuge et élastique. Sa densité est de 0,24kg/dm3. On peut également le peindre ou le vernir.

Voici les valeurs comparatives du liège au niveau de l'isolation thermique :

2 cm - liège
7 cm - bois de pin
11 cm - plâtre de parement
23 cm - béton cellulaire
43 cm - brique

 

 

 


La dernière mise à jour de ce site date du mercredi 18 janvier 2017